Que les choses soient claires, je ne suis pas un fanatique d’Apple et je ne vais pas me convertir par opportunisme aujourd'hui, mais c’est certainement un bien triste jour pour beaucoup d’entre nous, en particulier ceux qui, comme moi, ont écrit leur première vraie ligne de code sur un Apple II à la fin des années 70 …
Nous allons lire plein de chose sur Steve ces jours-ci, plein de citations de gens qui l’admiraient - et il y avait de quoi.
Peut-être lirons-nous moins de choses à propos des personnes que lui admirait.
Non je ne vais pas vous la faire, je n’ai jamais croisé Steve. Mais laissez-moi vous raconter une anecdote savoureuse.
La scène se passe au tout début des années 80. Un de mes amis américains, Philip Schwartz, venait juste de finir ses études à Berkeley et avait été enrôlé par l’administration américaine pour évangéliser dans le sud du continent Indien à ce nouveau concept qu’allait devenir l’ordinateur individuel. Il travaillait dans une « filiale » de l’ambassade Américaine à Colombo au Sri Lanka.
Un jour, son supérieur l’appelle et lui annonce « Phil, tu pars demain dans le sud de l’ile, au bord d’une plage, tu seras reçu chez Monsieur Arthur C. Clarke ». Phil tombe des nues. Arthur C Clarke, l’Auteur de 2001 l’Odyssée de l’espace, de cet ordinateur HAL (décalez d'un rang en arrière les lettres d'IBM pour suivre) qui tente de prendre le pouvoir dans le vaisseau Discovery One ! « Are you kidding me? ». « Non c’est très sérieux, nous avons reçu une demande qui émane de l’Ambassade ».
Et voilà mon Phil, du haut de ses 20 et quelques années, qui part avec le chauffeur de l’ambassade rencontrer Arthur C. Clarke.
Il arrive chez Clarke. Celui-ci lui ouvre personnellement et lui dit « Je me doute que vous devez être surpris, mais en fait je n’ai jamais utilisé un ordinateur ». Phil fut surpris, il n’y a aucun doute la dessus. Pourquoi Monsieur Clarke, plus de 60 ans à l’époque, aurait-il voulu apprendre à se servir d’un ordinateur, lui qui les avait tellement bien mis en scène… sans finalement les avoir approchés.
Phil : Et pourquoi voulez-vous apprendre à vous servir d’un ordinateur ?
Arthur : En fait, je n’en avais aucune intention. Mais il y a trois semaines je faisais ma petite promenade quotidienne sur la plage devant la maison et j’ai croisé un jeune couple d’amoureux occidentaux. C’est assez rare ici, alors nous avons échangé quelques mots. Ils étaient américains et fort sympathiques. Le jeune homme était passionné d’ordinateurs et bien entendu il m’a reconnu et visiblement cela lui faisait un grand plaisir de me rencontrer. Il m’avoua une passion pour mes ouvrages. J’ai vraiment lu dans ses yeux de l’émotion et il m’a fait parler un long moment, là, en face de la mer. J’ai dû interrompre car je ne tiens plus très longtemps debout et il avait tellement peur de me déranger.
Phil : Ah oui, Monsieur Clarke, moi aussi j'ai passé des heures à lire vos ouvrages. … mais quel rapport avec votre envie soudaine d’apprendre à vous servir d’un ordinateur.
Arthur : Eh bien trois semaines plus tard, j’ai reçu le colis là. Je l’ai laissé sous la console de l’entrée, j’avais peur d’abimer quelque chose en me trompant. Il y avait une grande carte de visite et il était inscrit « Ce fut un honneur de pouvoir échanger quelques mots avec vous, j’espère que cette machine vous inspirera et vous servira à rédiger votre prochain ouvrage ». C’est quand même adorable non. Le type sur la plage, trois semaines plus tard il m’envoie un ordinateur !
Phil : Cool, il doit vraiment vous admirer celui-là car un ordinateur, quand même ce n’est pas rien ! Vous pouvez me montrer la carte ?
Vous vous doutez que la carte était signée Steve Jobs et qu’Arthur C. Clarke n’avait, à l’époque, jamais entendu parler de lui.
Comme quoi Steve avait au moins un héros. Et peut-être cette histoire du Newspad ancêtre de l'iPad n'est-elle pas tout à fait une légende urbaine.
Pour cette humanité, pour tout ce que vous avez fait pour les computers, Respect Monsieur Jobs !
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